L'avocat Christophe Marchand (G) et deux petits-enfants de l'ex-Premier ministre congolais assassiné Patrice Lumumba, Yema (C) et Mehdi Lumumba (D), le 19 janvier 2026 à Bruxelles ( AFP / JOHN THYS )
La famille de l'ex-Premier ministre congolais assassiné Patrice Lumumba a dit mardi son espoir qu'un procès puisse se tenir pour obtenir enfin "justice et vérité", à l'occasion d'une audience judiciaire à Bruxelles, soixante-cinq ans après les faits.
"Nous ne pouvons pas remonter le temps (...), mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l'histoire", a déclaré à l'AFP Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba.
Elle s'exprimait en marge d'une audience à huis clos lors de laquelle a été examinée la demande de renvoi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles d'un unique suspect encore en vie.
Cette demande a été formulée en 2025 par le parquet fédéral belge. Les différentes parties impliquées ont défendu leurs arguments mardi matin, devant une juridiction qui a acté la fin de l'instruction. La décision sera rendue le 17 mars, selon le parquet.
"Il n'est pas question de vengeance mais de soif de savoir. Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité", a affirmé Roland Lumumba, un des fils de Patrice Lumumba, joint par téléphone à Kinshasa.
Premier chef du gouvernement de l'ancien Congo belge devenu indépendant le 30 juin 1960, Patrice Lumumba a été renversé dès la mi-septembre 1960 par un coup d'Etat.
Il a été conduit dans la région sécessionniste du Katanga (sud) où il a été exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d'armes par des séparatistes, avec l'appui de mercenaires belges. Il avait 35 ans. Son corps, dissous dans l'acide, n'a jamais été retrouvé.
- "Entreprise criminelle étatique" -
Le Premier ministre congolais Patrice Lumumba tient une conférence de presse à Léopoldville le 12 août 1960 ( AFP / - )
Aujourd'hui un seul homme en Belgique peut encore répondre d'une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.
Il s'agit de l'homme d'affaires Etienne Davignon, 93 ans, ex-commissaire européen, qui était stagiaire diplomate pour la Belgique au moment de l'indépendance du Congo (l'actuelle RDC).
Les avocats de la famille Lumumba le soupçonnent d'avoir été aux premières loges quand a été évoqué par diverses autorités belges ce projet d'arrestation du héros de l'indépendance, qui était vu comme une menace pour les intérêts occidentaux au Congo.
Etienne Davignon a été "un maillon" d'"une funeste entreprise criminelle étatique", a affirmé devant la presse l'un de ces conseils, Me Christophe Marchand.
Selon le parquet fédéral, il est soupçonné de "participation à des crimes de guerre" pour avoir pris part à "la détention ou au transfert illicite" de Patrice Lumumba. La demande de procès pointe aussi de présumés "traitements humiliants et dégradants" à l'égard de la victime.
Sollicité par l'AFP, Me Johan Verbist, qui défend M. Davignon, a refusé de s'exprimer.
Yema (G) et Mehdi Lumumba (D), deux petits-enfants de l'ex-Premier ministre congolais assassiné Patrice Lumumba, le 19 janvier 2026 à Bruxelles ( AFP / JOHN THYS )
Mais selon des sources concordantes il a fait valoir à l'audience que le "délai raisonnable" pour juger le dossier était dépassé, et a contesté le "crime de guerre" retenu par l'accusation.
Mardi, une dizaine de petits-enfants de Patrice Lumumba ont par ailleurs ajouté leurs noms à ceux des fils François et Roland en tant que parties civiles, dans une forme de "passage de flambeau" entre générations, selon Me Marchand.
- "Ne pas voir" -
"Nos parents commencent à avoir un certain âge. C'est important pour nous de montrer que ce combat continue", a dit Yema Lumumba.
De gauche à droite : les avocats Christophe Marchand, Jehosheba Bennett, Wolfgang Kaleck et les petits-enfants de Patrice Lumumba, Yema et Mehdi Lumumba, le 19 janvier 2026 à Bruxelles ( AFP / JOHN THYS )
"Les conséquences de cet assassinat continuent de marquer la société congolaise, piégée dans un cycle infernal d'impunité", a fait valoir de son côté Mehdi Lumumba, un autre petit-enfant. Il a assuré que les descendants Lumumba se faisaient les porte-voix d'"une génération qui veut encore croire que le droit peut être dit et appliqué".
Dans le cadre de cette instruction, la justice belge avait mis la main en 2016 sur une dent de Patrice Lumumba, restituée en 2022 à la République démocratique du Congo dans un cercueil, lors d'une cérémonie officielle à Bruxelles.
La dent avait été saisie chez la fille d'un policier belge aujourd'hui décédé ayant participé à la disparition du corps, après l'assassinat de 1961.
Lors de la restitution, le Premier ministre belge de l'époque Alexander De Croo avait renouvelé les "excuses" déjà formulées par l'exécutif fédéral en 2002 pour sa "responsabilité morale" dans cette disparition.
Revenant sur les conditions de ce "terrible" assassinat, dans un Katanga sécessionniste refusant de reconnaître le nouveau pouvoir indépendant, M. De Croo avait pointé du doigt des responsables belges qui à l'époque "ont choisi de ne pas voir", "de ne pas agir".

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